Historique des camps chantants

A l'origine...

Camp chantant : un nom vieux de près de 60 ans, sans aucune ride... un demi faux nom.
Nous ne campons pas, mais ce fut le dispositif des origines vite transformé pour donner au chant sa place privilégiée et correspondre au projet éducatif et apostolique de son fondateur : le Père Louis Bouiller.

Le Père Jean Bihan de Paris, très vite son complice, attribue très justement à "une intuition de son sens apostolique", le caractère novateur et l'efficacité de la formule "camps chantants". En évoquant l'ambiance et les activités de ces camps le Père Bihan écrivait : "le chant et la joie institués comme charpente de la mission". De son coté, Soeur Etienne, moniale à Pradines depuis plus de 40 ans écrivait : "l'excellence de la pédagogie était d'unir la joie de chanter ensemble à celle de vivre ensemble".

Si "chanter ensemble est un ciment communautaire à prise rapide" écrivait un chef de choeur, "c'est encore plus vrai s'il s'accompagne d'un véritable vivre-ensemble". C'est donc tout un art de vivre qui était ainsi proposé, une sorte de "méthode globale" de formation humaine, musicale, spirituelle, liturgique. A partir de l'activité chorale, le Père Bouiller proposait aux jeunes le programme de Saint-Augustin "Chante avec ta voix, chante avec ta vie". Le Père Bouiller aimait les jeunes, il savait éveiller en elles (la mixité ne se pratiquait pas encore) la foi et la joie de croire en les faisant chanter.

C'était en 1950 à Annecy à l'école Saint François pour les grandes et Notre Dame des Lumières pour les petites, avec l'enregistrement de "liturgie et folklore" un disque allant des chansons polyphoniques au chant grégorien, des complies du dimanche aux chansons harmonisées.
Bien entendu, pour aérer les esprits et découvrir la montagne, nous ne pouvions éviter l'incontournable grimpette au sommet de la Tournette pour la célébration. A cette époque pas de normes imposées quant à la sécurité, les enfants venaient et remplissaient leurs paillasses...

Grace à Geneviève et Anne Marie Frarin, l'enseignement de la méthode Ward était pratiqué dans les écoles dont le but était l'apprentissage du chant grégorien et de la polyphonie.
Les enfants "Ward" ont participé à d'importants rassemblements, de nombreuses célébrations et des messes radio diffusées.Le Père Bouiller a su insuffler à toute une équipe de professeurs et de responsables compétents un dynamisme et un enthousiasme qui ont rejailli sur tous ces jeunes. La fin de l'expérience "Ward" fut demandée par Madame Ward elle-même en 1967.

Quant aux garçons ils séjournèrent à St Etienne du Pont Neuf, Cessy, encadrés par le Père Godard, le Père Deyrieux, le Père Chapus.
Un temps fort de ces camps fut la consécration de l'église "Notre Dame de la route blanche" dans la région de Cessy en 1959 à la demande de l'oncle du Père Godard, curé de ce village.

En 1960, "en moto" les Pères Bouiller et Bihan sillonnent la Haute Savoie pour trouver une maison ; leur choix s'arrête sur les "Charmilles" à Sallanches, ce sont alors les retransmissions des messes radio diffusées sous la direction de Monsieur Le Guennant, l'Abbé Bihan, l'Abbé Bouiller, l'Abbé Godard, accompagnées par Gaston Litaize organiste et les Pères Lelong, Avril et plus tard le Père Bro (op) comme prédicateurs.
Après une messe chantée en grégorien, le père Jean Yves Hameline, auditeur écrivait : "une vertu paraissait animer le choeur et faisait de cette messe chantée en grégorien un événement exceptionnel. Je veux parler de la ferveur des voix, ou mieux encore, de leur dilection dans l'acte du chant...ces jeunes filles ont rendu un beau témoignage en faveur d'une Eglise que l'on sentait à travers leur voix, jeune, aimant le monde, chantant pour son Seigneur".

Nous abandonnons ce lieu et toujours plus haut... nous nous rapprochons des sommets, en 1962 nous nous installons dans le vieux chalet à l'enseigne souriante : Montagne et Joie à Nantcruy près de Cordon. Un travail intense attendait le groupe : en 1964, le disque inoubliable... Enfants, Louez le Seigneur avec : Lève- toi, resplendis, Jérusalem, le Seigneur est mon berger, Laudate Dominum, Ce jour est plein de joie du Père Godard, Levant les yeux au lointain, du Père Dumas, Tous les peuples battez des mains de J. Reveyron, disque enregistré à Grignan.

En 1967, le point culminant fut certainement l'obtention du prix de l'Ange d'Or organisé par Radio-Luxembourg et le Pèlerin, avec l'Adoration des bergers texte de Pierre Emmanuel composé par le Père Godard accompagnant au vibraphone.

Lors de la réforme liturgique de l'après-Vatican II et du passage du latin au français, le Père Godard pour la musique, le Père Werklé pour le texte s'attelèrent avec d'autres à la tâche délicate de mettre en musique la prière du peuple de Dieu. Leur travail reste un exemple d'unité entre le texte et la musique. Nous étions les premières bénéficiaires de leurs recherches et ils ont donné aux psaumes et aux hymnes une nouvelle forme que timidement nous commencions à chanter.

Grâce à la somme gagnée au concours de l'Ange d'Or, le Père Bouiller achète au dessus du vieux chalet, un pré couvert de pissenlits, et construit le "nouveau chalet" inauguré en décembre 1970. Les années suivantes, le chalet est envahi, la première quinzaine de juillet, par le camp des "petites". Le programme musical est riche et varié : chant grégorien, répertoire folklorique, des mini opéras : L'enfant musique, l'arbre aux chansons et plus tard, Danse de la lumière en trois saisons texte écrit par le Père Bernard Christol, prieur de la Trappe des Dombes et mis en musique par Joseph Reveyron, organiste de la Cathédrale Saint Jean de Lyon. Poète et musicien ont réussi un vrai petit chef d'oeuvre que les enfants ont apprécié, mémorisé et beaucoup aimé. L'animation de célébrations dominicales, des concerts en fin de camp étaient toujours au programme et attendus des touristes.
La deuxième quinzaine de juillet, les deux chalets sont envahis par garçons et filles avec les Pères Louis Bouiller et Marcel Godard dans le nouveau, et les pères Humbert Bouillier et Henri Dumas dans le vieux chalet. La mixité se pratique. Nous voulions élargir notre répertoire et accéder à de grandes oeuvres et c'est alors le chant à voix mixtes avec solistes et orchestre en commençant par des cantates de J. S. Bach en 1969, le Messie de Haëndel en 1973, le Magnificat de Bach en 1976, Dixit Dominus de Vivaldi en 1980, l'Ode funèbre pour la Reine Mary de Purcell en 1981.

Dans cette même période, Des nombreuses oeuvres seront encore découvertes, le Stabat mater de Pergolèse en 1987, l'enregistrement du disque du Chant de la paix avec des motets des Pères Godard et Dumas, le miroir de Jésus de Caplet en 1989.

Arrêtons nous sur les années 1990-91 avec le conte de Noël du Père Godard : le Sabotier Rieur sur un texte de Marie-Pierre Faure, avec récitant, solistes, choeur et orchestre. Tous se souviendront du Gloria du sabotier et du Fil de cristal du Père Dumas, conte musical avec récitant et piano. Les années suivantes de grandes oeuvres se sont succédées : Litanies de la Vierge Noire de Poulenc, Gloria de Monteverdi, Messe de Guy Ropartz, le psaume 115 de Mendelssohn, les "Nocturnes" et la messe brève en si de Mozart, Chandos anthems de Haëndel, des motets de Poulenc, la messe de Sainte Cécile de Ch. Gounod.

Toutes ces réalisations furent menées sous la baguette du Père Henri Dumas avec des instrumentistes "amis" et pour finir en 1999 avec un orchestre baroque italien professionnel et ponctuées par des concerts à Mégève, Combloux, Cordon, Saint Nicolas la Chapelle, Sallanches.

Quel cadre exceptionnel nous offraient ces camps, retirés du monde au milieu des pâturages des collines ondulées et boisées. Les sonnailles des troupeaux s'alliaient à nos vocalises quotidiennes, au tournant du chemin, le cortège du Mont Blanc superbe, impressionnant recevait notre prière vespérale.

Cet historique serait incomplet sans parler des camps de semaine sainte : Digne en 59, Grasse en 61, Usson en Forez en 62, la Corse en 63, Rome en 64, Montfaucon en 65, Notre Dame du Laus en 66 Ajaccio, Bastia et Erbalunga en Corse en 82, 85, 95. L'explication des jours saints ainsi que les textes soigneusement présentés par le père Werklé et Andrée Chaix, et les chants liturgiques (en grégorien et en polyphonie) dirigés par le Père Bouiller.

Avec les camps des familles, le tour est complet. Ceux là ont commencé dans les années 1972 avec la participation au Festival d'Avignon pour un concert de grégorien et de quelques pièces polyphoniques : Ubi caritas de Duruflé, le Cantique du Soleil du Père Godard.

N'oublions pas la formation spirituelle reçue d'Andrée Chaix, du Père Werklé nous initiant à la lecture des textes de la liturgie et de leur interprétation musicale à partir des antiennes et des psaumes. Tous les enfants se souviendront longtemps du Père Deveraux avec sa catéchèse visuelle et colorée sur les miracles, la vie de Jésus, l'histoire de Gaspard des montagnes qui les empêchait de dormir. Aujourd'hui c'est le Père Moreau qui depuis plusieurs années nous aide par ses contes, par son mot quotidien, à réfléchir et à préparer les célébrations dominicales.

Rendons hommage à nos fondateurs : le Père Louis Bouiller décédé le 10 février 2006 et le Père Marcel Godard le 16 février 2007. Nous leur devons tout, et combien de fois en préparant célébrations ou camps chantants, ils nous chuchotent à l'oreille : "Allez courage, il faut poursuivre, ne baissez pas les bras, et continuez à chanter la louange de Dieu".

De nos jours...

En 2003, il a fallu abandonner le havre de paix et de verdure de Cordon pour le village de Combloux, avec un nouveau chef de choeur et accompagnateur depuis quelques années: Vincent Coiffet organiste et pianiste, qui a très vite adhéré au projet musical et éducatif. Avec lui nous avons découvert un répertoire romantique et contemporain : Dextera Dominum, Domine non secundum de Franck, des motets : Hör mein bitten, Béati mortui de Mendelssohn, O Salutaris de Saint Saëns, des oeuvres de Schumann, Pueri concinite de Herbeck, Ave Maria de Kodaly et bien sûr des oeuvres de Monseigneur Marcel Godard, Au milieu de la nuit sur un texte de P. Claudel, "un petit bijou dans son écrin" écrivait Vincent Coiffet.

L'association Montagne et Joie prend naissance en février 2003 à l'initiative d'un groupe de parents désireux de poursuivre l'oeuvre d'éducation musicale et chrétienne entreprise par le Père Louis Bouiller.

La longue chaîne des camps chantants ne s'arrête donc pas: les camps 2007, 08, 09, se sont déroulés avec de jeunes chanteurs professionnels : Charlotte Rabier et Aurélien Reymond auxquels Vincent Coiffet a confié la programmation et la direction depuis 2010, tout en continuant de les conseiller avec bienveillance et d'accompagner les répétitions et les concerts. Les camps 2010,11, 12, se sont déroulés à Saint Nicolas la Chapelle, désormais accompagnés par un "Camp-Plus" qui rassemble des jeunes majeurs, tous anciens des camps chantants, désireux de transmettre leur expérience et leurs richesses aux plus jeunes.

En conclusion, nous pourrions citer la célébre parabole du "grain semé en terre", Saint Jean XII (24-25) "En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits". Le Père Henri Dumas écrivait le 28 janvier 2007 "A présent, nous qui avons hérité de cette joie de chanter Dieu, qu'avons-nous fait et que faisons-nous de cet héritage ? Vous qui avez tant reçu dans ces camps chantants, qu'avez-vous donné de ce que vous avez reçu ? Qu'avez vous transmis de ce trésor inestimable ? Dans quoi vous êtes vous engagés pour que d'autres, et notamment des jeunes, puissent découvrir à leur tour cette joie de chanter Dieu ?".

Micky Maillet
Vice présidente